GORILLAZ - Demon Days

Fnac Montparnasse. 23 mai. Jour de la sortie de l'album. Aujourd'hui j'ai 22 ans et je veux m'acheter un disque pour marquer le coup. Oui je raconte un peu ma vie, mais ceux que ça fait chier connaisse la sortie, rien ne les empêche. En bon étudiant en art graphique bien formaté qui se respecte, je fouine des yeux les pochettes. Tiens, celle du dernier Eels, si rebutante en petite image 50x50 pixels sur le net, se révèle pas mal du tout en beau digipack. Mais c'est une combinaison de 4 pochettes sur fond blanc qui remporte les suffrages. Après moultes hésitations, je repars en effet avec le dernier effort studio du combo cartoon. L'avenir me donnera tort.

Le disque lance sa course folle et stationnaire par une "Intro" que l'on dirait droit sortie d'un film américain des années 30, version pollar : cuivre, sirène de flic, scratch anachronique, et voix guturale annonçant "And now entering the hard modern world". A vos ordres chef !
C'est "Last Living Souls" qui commence. Texture rythmique saccadé, on se dit qu'on est reparti pour un tour electro-disco-rock, comme il y a -déjà- 4 ans. Sauf que Damon (excusez, 2D), a pris de la bouteille, ou plutot une grosse maturité. C'est parti pour une ballade désenchantée et destabilisante, tant la tonalité de l'album s'annonce différente, plus sombre et complexe.
Un tube, ou presque. "Kids With Guns", la basse est lancée, simple et déterminée. Pour le coup c'est la voix qui saccade puis qui gémit tranquillement, la production de haute volée de Danger Mouse fait le reste, rajoutant de discrètes nappes instrumentales au milieux des inévitables papillonement samplés. Le morceau finissant sous un orage de cymbales...
L'hymne écolo "Oh Green World" poursuit la route d'un album marqué par des paroles engagées-mais-pas-trop. Comme un Bono, la finesse en plus. Des échos, une bonne guitare, et des scratchs pour pimenter le tout.
Damon Albarn ne se refuse rien, pas même de voir sa propre voix disparaitre sous les assauts de choeurs enfantins et revendicatifs sur "Dirty Harry". Violon sous clapement de main, suivis d'un rap improbable. Il se permet tout.

La radio avait découvert le single "Feel Good Inc." avec curiosité, toute contente d'avoir un mix de pop/hip-hop/électro sous la main. Mais surprise peut-être de l'intelligence exessive de ce qu'elle attendait comme un tube à faire péter le jackpott, se goinfrer d'euros. Car le prétendant au meilleur single de 2005, avec sa batterie robotique, sa basse hormonale et son clip à l'animation dantesque n'a pas voulu attirer les foules lobotomisées habituelles.
2D n'a sûrement pas du prendre de coke, et peu de café tant ses cordes vocales semblent désenchantées. Ou alors il est en descente, ce qui semblent somme toute plus probable. que ce soit sur ce titre "El Mañana", aux couleurs de lever de soleil post-cuite, ou sur le reste de l'album.
Cela ne va pas plus fort sur le titre suivant "Every Planet We Reach Is Dead", ou il se demande "what's we're going to do", levez-vous mes enfants, la fin du monde est proche ! Et le piano de Ike Turner se démène comme un fou pour nous le faire savoir.
"November Has Come" commence et se termine par un gros rap de MF Doom, ce qui pour mes papilles auditives est toujours dure à avaler.
Pour la suite, notes d'ordi 8 bits, flow hip-hop, "All Alone" est multiple. Nappe instrumentale, voix féminine gracieuse, décidément Damon nous ment, il n'est pas tout seul sur ce coup-là...
Et ses inspirations finissent par se faufiler, comme sur ce "White Light", et ses souffleries rauques pour nous faire bien comprendre qu'il a su digérer le Velvet Underground (au hasard).

On retombe dans le tubesque avec "Dare", featuring Shaun Ryder avec accents disco au menu. Il fallait bien ça pour nous réchauffer, un peu de ludique !
Et au détour du morceau suivant, une voix familière, ancienne nous annonce l'apocalypse version amérique suburbaine. Dennis Hopper, la classe en somme, nous conte "Fire Coming Out of the Monkey's Head".
Chanson paradisiaque avec choeur angélique, c'est "Don't Get Lost In Heaven", où comment dans cette même amérique il convient de ne pas perdre les pédales : il ne suffit pas de suivre une ligne blanche (aussi farineuse soit-elle) pour rejoindre le paradis...
Le dernier morceau éponyme ("Demon Days" pour ceux qui n'aurai pas suivi), résume bien la chose : ce disque serait un parfait petit kit de survie pour jeune paumé du XXIe siècle. En tout cas c'est ce que doit penser le gars Damon.

Au final nous avons une galette variée et virtuose. Un disque dur à appréhender à la première écoute et qui se révèle par couches successives, ce qui est tout à son honneur. Mais je ne peux m'empêcher de le trouver un peu ennuyeux, la voix désanchantée du leader-maximo de Blur y étant sûrement pour quelque chose, ainsi que la sensation que plusieurs titres aux tonalités identiques aurait gagné à être élaguées. Ce qui aurait donné un disque plus dense et rythmé.
Et pour ma remarque d'intro "L'avenir me donnera tord", je tiens à la nuancer : "Demon Days" est un TRES bon disque, c'est juste que la découverte plus tardive de son challenger du 23 mai, à savoir les "lumières scintillantes et autres révélations" du sieur Mark-Oliver Everett ternissent l'un des meilleur disque britannique de l'année 2005...

Tibo

4/5

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2005; Capitol / Emi

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